Pour la Syrie


Au Liban vivent plus d’un million et demi de syriens que le gouvernement libanais ne reconnaît pas en tant que réfugiés, car il n’a pas souscrit à la Convention pour les droits des réfugiés de Genève en 1951. A cause de cela, en tant que réfugiés syriens, nous subissons des violations systématiques des Droits Humains, comme par exemple l’interdiction de travailler, sauf dans le secteur du nettoyage, l’agriculture et la construction, et de toute façon seulement comme ouvriers.

Pas de liberté de mouvement pour nous syriens réfugiés au Liban, car pratiquement personne n’a de papiers en règle et se déplacer signifie s’exposer au risque élevé de se faire arrêter à l’un des nombreux points de contrôle militaires.

Le permis de séjour est délivré par La Sécurité Générale libanaise, qui rend très difficile, en pratique impossible de l’obtenir, vu les nombreuses lois restrictives, comme les sommes élevées à payer chaque année et la nécessité d’avoir un garant/sponsor libanais; ainsi plus de 80% des syriens présents sur le territoire libanais sont en situation irrégulière. Cette irrégularité nous rend vulnérables et exposés à tous les dangers: impossibilité de se déplacer librement pour quelconque motif, que ce soit médical ou professionnel sans risquer d’être arrêté. La majorité de nous vit dans des camps de réfugiés informels, en proie à des formes croissantes de violence. Les soldats libanais, très souvent se comportent violemment à notre égard, même dans les quatre murs de carton que nous sommes contraints d’appeler maison, en faisant des raids soit dans les camps de réfugiés que dans les autres maisons, souvent délabrées dans lesquelles nous vivons. Les raids sont d’habitude violents et ont souvent lieu de nuit lorsque les gens dorment: ils rassemblent tous les hommes présents et les arrêtent, la conséquence est que nous syriens, vivons dans une peur permanente, sans jamais avoir de certitudes ou tranquillité.

Dans les camps de réfugiés où nous passons nos vies, nous souffrons aussi beaucoup des conditions climatiques et météorologiques, qui sont très dures en hiver, et les tentes où nous vivons ne sont pas  aptes à supporter ni les tempêtes et les intempéries de l’hiver, ni la chaleur étouffante de l’été. Chaque année nous voyons mourir nos enfants à cause des inondations suite aux pluies ou bien simplement du froid. Par exemple à Akkar, Arsal ou dans la vallée de la Beqaa, beaucoup d’enfants continuent à mourir à cause du froid  ou à cause de la neige dont le poids est trop lourd pour les tentes qui s’écroulent sous le poids. En été, les températures sont très élevées, la situation est tout à fait dramatique. Beaucoup d’entre nous vivent dans des garages qui ne sont pas conçus pour l’habitation. La même chose pour les maisons en construction, où le froid est intense en hiver et le chaud en été. Quand nous n’avons pas la possibilité de louer une maison prête, ou si nous n’en trouvons pas une, nous sommes obligés de vivre dans des maisons non terminées. la situation n’est certainement pas meilleure pour qui vit dans les camps de réfugiés. Il n’existe pas un refuge sûr pour nous au Liban.

Santé: La situation sanitaire des réfugiés est dramatique. Au Liban le système sanitaire est privé et souvent l’aide des associations fait la différence entre la vie et la mort pour les personnes malades. Ces associations, cependant, ne peuvent pas payer les traitements pour tout le monde et nombreux sont ceux qui restent sans aucun soin. Au Liban les thérapies et les interventions chirurgicales sont très onéreuses et pour cela, ceux qui ne peuvent pas payer ne peuvent avoir le moindre accès aux soins: beaucoup meurent, même pour des maladies pouvant être soignées facilement dans d’autres contextes. La qualité de l’alimentation est pauvre et malheureusement les enfants souffrent beaucoup de la malnutrition qui cause aussi des morts fréquentes.

Education: Environ un demi-million des syriens qui vivent au Liban sont des enfants: un tiers d’entre eux n’est jamais allé à l’école, un autre tiers a fréquenté des écoles privées ou d’associations religieuses le plus souvent qui enseignent aux enfants des programmes scolaires religieux, que le gouvernement libanais ne reconnaît pas. Le programme est différent pour tous, il n’en existe pas un qui soit commun, aucune autorité contrôle les programmes d’éducation: ce qui cause beaucoup de peurs et préoccupation pour le futur de nos enfants. Le dernier tiers, enfin va dans les écoles publiques, fréquentant les tours de l’après midi. En effet, le matin les écoles sont fréquentées par les enfants libanais et les après midi pour les syriens: ce système du double tour est très contre-productif pour différentes raisons: les enfants arrivent à l’école déjà fatigués, ils n’ont pas a possibilité d’étudier à la maison, la qualité de l’éducation est très basse et ils n’ont pas l’occasion de communiquer avec leurs pairs libanais. Sans éducation il n’y a pas de futur, nos enfants perdent des années précieuses d’étude  qu’ils pourront ensuite difficilement rattraper.

Situation politique libanaise: le climat politique libanais, est évidemment fondamental au regard de la situation des réfugiés. Il est important de se rappeler que Hezbollah, parti et force armée libanaise, contrôle toutes les décisions et la politique du gouvernement libanais, avec le soutien et les financements de l’Iran. Depuis le début de la révolution ils ont été les alliés fondamentaux du gouvernement syrien, ils ont agi contre les manifestations pacifiques et puis ont tout de suite pris part à  la guerre aux côtés d’Assad, en dévastant nos villes. Leur action a été mortelle: non seulement ils ont tué les personnes qui manifestaient pacifiquement, mais ils ont ensuite complètement rasé les villes où il y avait de l’opposition pour se les approprier  et obliger les habitants à s’en aller en les abandonnant. Des milliers et des milliers de réfugiés viennent de ces villes et se trouvent disséminés sur tout le territoire syrien. Encore maintenant le Hezbollah aide le régime et ses alliés à commettre des crimes contre la population syrienne.

Actuellement, le gouvernement libanais par tous les moyens augmente les pressions sur les réfugiés afin qu’ils retournent en Syrie.  Mi 2018 a eu lieu une réunion entre l’Iran, la Russie et le Liban suite à laquelle la Russie a lancé une initiative pour le retour des réfugiés en Syrie. De gros intérêts politiques se cachent derrière ces actions du gouvernement syrien et ses alliés: avant tout ils visent les fonds de la reconstruction, car si les réfugiés ne retournent pas, la communauté internationale n’accordera pas de fonds pour la reconstruction; en outre, il est important de ne pas sous-évaluer leur volonté de se refaire une image honorable afin de faire oublier les crimes qu’ils ont commis tels l’utilisation des armes chimiques, le meurtre des enfants, les bombardements intensifs (au tapis) sur les civils, pour n’en citer que quelques uns. Ces actions sont menées pour faire passer au second plan toute la violence exercée et faire apprécier leur volonté de permettre aux réfugiés de retourner.    

Le ministre des réfugiés au Liban précédent, Muain El Marabi, l’ex parlementaire Misbah El Ahbad et tant d’autres avec eux, respectueux des droits humains, comme l’avocat Nabil Al Halebi, responsable de l’association “Life” et activiste des droits humains, affirment que les syriens qui retournent dans leur patrie suite à l’initiative russe risquent la prison, les séquestres, les disparitions perpétrées par la main du régime, à la mort, ou bien à l’enrôlement forcé dans l’armée du gouvernement syrien. Nous réfugiés syriens nous nous opposons catégoriquement au fait de devoir porter et utiliser les armes, nous refusons avec force de devoir choisir entre tuer ou être tué. Tous les syriens qui sont retournés en Syrie n’ont pas eu accès à leurs maisons ou à leur région d’origine, car le gouvernement a mis en œuvre un changement démographique, surtout contre les musulmans sunnites, en violation ouverte des droits humains et du droit international. Le gouvernement est en train de s’approprier le terres et les revenus des personnes déplacées, en utilisant des instruments comme la loi 10, qui donne tout aux chiites et à leurs alliés, surtout Hezbollah, au détriment de la majorité de la population, afin de poursuivre ses plans de nettoyage ethnique et changement démographique.

Au Liban, aujourd’hui, des centaines de forces politiques et militaires, moyens d’information et autorités religieuses s’emploient seulement et exclusivement à faire pression sur les réfugiés pour le retour en Syrie, mais personne ne demande à Hezbollah de sortir de Syrie, afin que les syriens puissent retourner chez eux.

Le Liban nie ses responsabilités en ce qui se passe dans la Syrie voisine, malgré les preuves de l’implication du Hezbollah. Cependant nous nous demandons s’ils rejettent la culpabilité sur le seul Hezbollah ou bien si en réalité il existe une tacite collaboration entre eux, afin qu’ils restent en Syrie. Les soutiens au mouvement chiite sont nombreux et celui-ci continue à concentrer son action au dehors du Liban, surtout en accomplissant des méfaits en Syrie.

Nous avons essayé de montrer la situation dans laquelle des millions d’entre nous sont contraints de vivre: ce sont les raisons pour lesquelles nous syriens au Liban, refusons le retour en Syrie jusqu’à ce que les conditions adéquates et favorables soient réunies pour le réaliser.

Les conditions que nous demandons sont claires et sont les suivantes:

1) Nous voulons que la guerre s’arrête avec une solution politique qui amène la liberté et la dignité pour tous les syriens;

2) Nous voulons la libération de tous les prisonniers du régime, enfermés dans les prisons et soumis à d’atroces tortures. Nous voulons aussi vérité et justice pour tous les disparus, nous voulons savoir où ils sont, s’ils sont vivants et s’ils sont morts nous voulons savoir qui les a tués. Au nom de la justice, nous voulons un tribunal qui fasse la lumière sur les crimes de guerre contre le peuple syrien.

3) Nous ne retournerons pas en Syrie tant que le Hezbollah sera présent sur nos terres et continuera à faire des crimes horribles contre nous, tant que le processus de changement démographique de la population continuera. L’occupation des terres au détriment des civils syriens en faveur du changement démographique, se fait pour compte de l’Iran qui avec le Hezbollah, est en train de créer un quartier général sur les terres syriennes, sans vergogne et sous les yeux du monde entier, sans que personne n’intervienne en aucune façon. Ils justifient leurs actions avec la lutte contre le terrorisme, mais nous ne voyons pas de différence entre eux et Daesh ou Al-Nusra, nous les considérons même encore plus dangereux à cause de leur liberté d’action, impunie et couverture de la part du régime et de ses alliés.

4) La moitié des prisonniers dans les prisons libanaises sont syriens et ils s’y trouvent par la volonté du Hezbollah. Ceci est affirmé même par Gibran Basil. Nous voulons et demandons aussi leur libération inconditionnelle. En effet, beaucoup sont condamnés à mort sans exécution, beaucoup d’autres sont condamnés à l’isolement “ergastolo” et tant d’autres se trouvent en prison sans jugement ou condamnation. Personne, aucun particulier ou aucune association ne peut les suivre ou s’assurer de leurs conditions.

5) Le retour en Syrie n’est pas possible sans une protection internationale sérieuse et concrète des candidats au retour, nous voulons retourner sur nos terres et y retourner avec dignité en en vie.

6) Nous demandons que le gouvernement libanais arrête les pressions sur les syriens, nous demandons un tribunal pour Hezbollah et ceux qui le financent, car les crimes sont commis avec l’appui de leurs soutiens, et il doit y avoir des pressions afin qu’ils arrêtent leurs persécutions de tous les syriens, civils et activistes. Nous demandons que soient jugés selon la justice des droits humains aussi les politiques qui aident et financent Hezbollah. Notre association, avec l’Opération Colombe, a étudié la situation des réfugiés au Liban à partir de 2013, en vivant directement avec les réfugiés dans tout le pays. Le premier projet de cette proposition de paix a été écrit en 2015. Par la connaissance profonde et directe de la situation, nous sommes arrivés à la conclusion qu’il n’y a pas d’autre solution au problème syrien sinon de fuir hors du Liban: nous avons écrit la proposition de paix pour recueillir et faire entendre le cri désespéré de notre peuple.

Dans la proposition nous demandons des zones de sécurité, où doit être assurée la création d’écoles et structures sanitaires, nous avons en outre désigné une zone dans la région de AL Qsayr, car c’est celle que nous avons été contraints de laisser et car elle est pleine de ressources naturelles utiles au retour à la vie  indépendante des syriens. Mais cette zone n’est pas la seule où nous soyons disposés à créer une aire de sécurité. Nous n’avons jamais renoncé à aucune occasion de rencontre avec qui est responsable pour la Syrie dans la communauté internationale en ce moment, et nous sommes ouverts à n’importe quelle solution qui garantisse la sécurité et notre dignité et celle de nos enfants: nous serons avec eux, mais malheureusement, jusqu’ici nous n’avons pas reçu de proposition pour nous, sinon celle de continuer à mourir en silence. Nous recherchons de l’aide et soutien de la part de toutes les associations, nous vous demandons de lutter avec nous pour la paix et le retour de tous les réfugiés dans notre maison en Syrie, tandis que toutes les forces étrangères doivent en sortir et la guerre arriver à sa fin.

Nous voulons votre aide sur le chemin de la justice, pour faire la lumière sur les crimes et pour que qui a causé mort et destruction paie, en premier lieu le gouvernement syrien. Nous voulons une solution politique, nous voulons que soient assurées vie, dignité et liberté pour tous les syriens. Pour arriver à cet objectif nous retenons important que personne ne verse de l’argent au régime pour la reconstruction et que ne soient pas rétablies les relations diplomatiques avec le régime, via par exemple la réouverture des ambassades. Nous prenons en considération un processus de justice transitionnelle, mais pour cela nous ne pouvons faire abstraction des conditions préalables telles la liberté des prisonniers politiques et la création d’un tribunal qui juge les crimes de guerre. Pour cela nous vous demandons de participer à une campagne demandant justice et vérité et qui traite de tous les aspects abordés dans cette lettre, nous vous demandons de cheminer avec nous sur cette longue route qui nous amènera à une solution politique juste, et enfin, au retour à la maison en dignité.

Abd Elrahim Hsyan pour le groupe Al-Ihsan.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

Blog at WordPress.com.

Up ↑

%d bloggers like this: