ARGENTINE – IMPORTANT ET URGENT : Des nouvelles du front


Bien chers, lointains et proches compagnons de route,

J’écris depuis l’un des endroits du monde où se joue quelque chose d’important: la fameuse “transition énergétique” est à base de lithium, comme la révolution industrielle fut à base de charbon. Le “triangle du lithium” comprenant les salins d’altitude de Bolivie, du Chili et d’Argentine, correspond cent cinquante ans plus tard au triangle du charbon comprenant au dix-neuvième siècle les charbonnages d’Angleterre, d’Écosse et du Pays de Galles.

Ce territoire contient 65% des ressources du précieux métal présenté abusivement comme sauveur de la civilisation car soi-disant incontournable pour la fabrication des batteries de véhicules électriques et des centrales éoliennes et photovoltaïques, et indispensable (par contre ceci est indubitable) pour le nucléaire de fusion militaire et civil (ce dernier hypothétique).

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Bref, je suis engagé avec la vingtaine de communautés indigènes concernées pour une lutte qui dure depuis maintenant huit ans face au lobby du lithium qui se prépare à détruire irrémédiablement leur vaste territoire.

Cette lutte est á la fois environnementale, interculturelle et de souveraineté:

  • Environnementale localement pour la sauvegarde d’un territoire de  17 555 Km2 menacé de désertification, et globalement contre le lithium érigé faussement comme panacée contre le réchauffement climatique, mais qui répond à une logique d’affaires sous couvert d’énergie verte.
  • Culturelle et ethnique, dans laquelle s’affrontent deux cultures et deux conceptions du développement: celle de la société hégémonique globale et celle des communautés indigènes et paysannes.
  • De souveraineté, avec d’un côté le pouvoir vertical particulièrement représenté par ce gouverneur apparenté politiquement à la vague à la mode, des antidémocrates qui gouvernent maintenant les USA, le Brésil, l’Argentine et autres, de l’autre les communautés pour lesquelles le pouvoir de décision ne réside pas dans un bonhomme, mais dans l’Assemblée tout entière. J´’ai été témoin à cet égard d’une extraordinaire expérience de dynamique de groupe hors normes.

C’est dire les multiples enjeux de cette lutte, qui justifient notre appel à faire tout le possible pour l’appuyer internationalement en écrivant et en diffusant par ramifications ces informations parmi vos organisations et vos réseaux.

L’éloignement géographique ne m’empêche pas, bien au contraire, de penser à vous en ces circonstances, portant les mêmes indignations et la même conviction qu’on peut (et doit ?) agir en conséquence, et de vous tenir au courant.

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En communion,

PS : Ces décisions d’actions sont d’autant plus remarquables qu’elles sont l’aboutissement d’un long processus conduit depuis huit ans par mes amis, qui après avoir soigneusement évité pendant longtemps d’affronter le gouvernement, vont maintenant jusqu’à le provoquer au risque de se faire cabosser le crâne par ses “forces de l’ordre”.

– Lenteur du cheminement des consciences. Secret des luttes de terrain. –


Bref historique de la lutte contre la destruction de la région des Salinas grandes et de la Laguna de Guayatayoc.

Après neuf ans d’assemblées mensuelles d’un noyau de paysans et de communautés particulièrement actifs, mais sans affrontements avec le gouvernement, ces familles ont appris, par la presse et sans concertation, le projet en cours, qui concerne 1500 familles dans 30 communautés sur plus de 17.000 km2 d’un site considéré comme un véritable sanctuaire préservé .

19 janvier 2019 : l’explosion de mobilisation actuelle a commencé par une lettre ouverte au Gouverneur, premier saut qualitatif qui a tenu lieu de manifeste. Lire la lettre sur le site international, rubrique “L’Arche dans le monde”, puis “Argentine”.

26 janvier : assemblée mensuelle où tous les représentants de 15 communautés ont déclaré un NON catégorique au lithium et décidé de se rendre le jeudi 4 février sur le chantier de prospection illégale et d’expulser l’entreprise (extrême audace).

4 février : premier barrage avec près de 150 personnes.

7 février : à l’arrivée des paysans (environ 250), l’entreprise a plié bagage et un 1er barrage de la route nationale, internationale a été réalisé, de ¼ d’heure en ¼ d’heure, toléré par la police. 50 autres personnes distribuaient des tracts à 30 km

12 février : 2ème barrage de la route. Ouverture tous les ¼ d’heure. Venue de l’évêque qui a fait 6h de route pour les rejoindre. Doit parler au Gouverneur (?) Collaboration bon enfant avec les policiers de la Province car barrage limité. 200 personnes.

14 février : nouveau barrage, d’heure en heure, négocié avec la gendarmerie (troupes de choc), tout le jour et la nuit : exigence d’annulation publique de l’appel d’offres pour les projets miniers de lithium. Sont présentes 25 communautés et plus de 350 personnes. Pas de problèmes avec la police fédérale.

15 février : venue de 4 hauts fonctionnaires, mais sans pouvoir décisionnel. Réunion de plus d’une heure sur place, debout, en cercle, à laquelle assiste Roger. Les paysans convoquent le Gouverneur pour le 20 février sur place.

20 février : le gouverneur ne vient pas, le barrage ne reprend que le jour (pluie)

21 février : reprise du barrage, levé avec l’arrivée de 50 gendarmes munis d’un ordre d’expulsion.

Le mouvement n’a pas encore gagné la guerre, mais il a gagné plusieurs batailles successives et surtout l’unité de rassemblement des communautés.

Dès lors, un appui international serait d’une grande importance pour cette cause aux implications planétaires.

Une action facile que chaque lecteur et chaque membre de l’Arche est invité à faire (il y va de la survie de tout un peuple) :

  1.  Expédier par courrier postal la lettre en espagnol à : CPN Gerardo Morales, Gobernador de la Provincia de Jujuy, Casa de Gobierno, 4600 – SAN SALVADOR DE JUJUY (Argentine). Tarif depuis la France : 1,30 € pour 20 g.    (la télécharger ICI )
  2.  Envoyer directement par courrier électronique cette lettre (en espagnol) au Gouverneur à l’adresse : privadadegobjujuy@gmail.com
  3.  Envoyer la même lettre en espagnol à : CPI Oscar TOCONAS (un des représentants des populations autochtones) : oscarcinhotoco@gmail.com
  4.  L’envoyer également à Roger Moreau : moreau8@gmail.com
  5.  Eventuellement sur Whatsapp : +54 9 11 3 192-0397

Important : que les lettres soient dûment signées, qu’elles soient le plus nombreuses possible (ne pas hésiter à les faire faire à votre famille, vos amis, etc…) Il serait bon qu’il y en ait un certain nombre qui proviennent d’institutions publiques, d’élus, de députés, d’universités, de scientifiques, d’Instituts de recherche, etc…

Outre le fait d’interpeller le Gouverneur, ces lettres auront aussi pour effet d’apporter un soutien moral aux communautés et on peut espérer que certaines seront mentionnées dans la presse, d’où l’intérêt également des réseaux sociaux. Enfin, il serait bon de trouver des scientifiques qui accepteraient d’écrire au Gouverneur en expliquant que le lithium n’est pas la panacée pour le changement climatique.

Texte de la lettre :

Monsieur le Gouverneur,

Je, soussigné me permets d’exprimer mon entière solidarité avec les Communautés indigènes du Peuple Kolla du Bassin des Salinas Grandes et de la Laguna de Guayatayoc dans leur refus de “tout projet de mines à grande échelle de Lithium et de tout autre minerai au sein de leur territoire”.

J’appuie leur défense de leur territoire, de leur mode de vie, leur culture, et leur conception du développement.

Par ses caractéristiques naturelles et culturelles exceptionnelles, et par ses communautés porteuses d’un trésor culturel et éthique, j’estime que le bassin des Salinas Grandes et de la Laguna de Guayatayoc méritent protection, préservation et appui et non la destruction par une industrie dont le caractère “n’est pas respectueux de l’environnement”  selon votre propre expression, ce qui ne fait aucun doute.  En conséquence, j’appuie la déclaration de ce territoire par ses communautés comme “Patrimoine Naturel, Ancestral et Culturel”.

Monsieur le Gouverneur, j’en appelle à votre conscience et á votre cohérence avec votre adhésion personnelle publique à la spirituaité andine pour que vous ne laissiez pas détruire le véritable sanctuaire que constitue de notoriété publique le Bassin des Salinas Grandes et de la Laguna de Guayatayoc.

Ses communautés  jouissent d’une enviable qualité de vie. Qui, mieux qu’elles-mêmes est qualifié pour choisir leur mode de vie et de développement comme elles l’ont abondamment et clairement proclamé récemment?

Laissez-les vivre!

Faisant cela, vous gagnerez notre reconnaissance et, nous n’en doutons pas, celle de la société entière, tant Provinciale que Nationale et Internationale”.

Avec confiance et toute notre attention,

Signature :

 

Cette pétition peut bien sûr être remplacée par une lettre particulière laissée à l’inspiration de l’envoyeur.

 

Roger et Susana Moreau

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